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Le sanglier, Sus scrofa.


L'automne étant déjà bien avancé, le sous-bois est recouvert d'un tapis de feuilles colorées mettant en relief ma silhouette fantomatique et majestueuse. Il me faut alors partir à la recherche de mes aliments préférés avec ma compagnie; c'est ainsi que se nomme un groupe de sangliers, Sus scrofa, toujours dirigé par une vieille femelle expérimentée. Des liens étroits et hiérarchisés nous unissent au point que, si une femelle disparaît accidentellement, les autres s'occuperont de ses petits. Mes gourmandises et aliments usuels sont les glands, les faînes et les châtaignes, les bulbes et les racines, les rhizomes de fougères, les bolets et les limaces qui se trouvent dessus, les truffes (sacré garnement), les rongeurs lorsque je "mulote" en fouinant dans leurs galeries; à l'occasion je ne dédaigne pas un lapereau. Ma couche de lard me protège des morsures de vipères que je trouve en soulevant quelques pierres à coups de boutoir. On me dit charognard? Il est vrai que je m'intéresse à tous les restes d'animaux morts se trouvant sur mon territoire. J'affectionne en plus les biotopes marécageux, les roselières dont les rhizomes de massettes, les crustacés, les têtards (assassin!!!), les larves d'insectes, les poissons piégés, les oeufs d'oiseaux et les coquillages (la moule zébrée) font mon régal. Ne suis-je pas fin gourmet? Ma dentition ne se prête guère au broutage, mais plutôt au déracinement, au "labourage", au dépeçage, à la mastication et au déglutissement. Glups! Mes boutis, comme vous les nommez, sont le résultat de mes fouilles gastronomiques, qui ressemblent à un léger labour de surface et contribuent à l'aération du sol, à la dissémination des rhizomes et du mycélium, à l'enfouissement des graines et, en finalité, au rajeunissement des forêts.
Je me vautre dans la boue car je suis incapable de transpirer et ce bain m'aide aussi à me débarrasser de mes parasites, puis je me frotte contre un arbre, si possible un résineux car il me permettra d'y coller mes vieux poils. La hauteur de ces marques nommées "housures" fourniront à l'observateur une idée de mes dimensions.
Je disais donc que ma compagnie était composée de femelles et de leurs petits. En effet, nos mâles sont plutôt volages et solitaires: à l'approche du rut, la compagnie se scinde en deux, d'un côté les jeunes mâles, de l'autre les laies et les marcassins.
Les naissances s'étalent d'avril à décembre, après que la mère ait construit un nid creusé dans une cuvette tapissée de feuillages et entourée de branchages et d'herbes. Les femelles primipares donneront naissance à un ou deux petits, puis jusqu'à huit quelques mois après. Nos petits nommés "marcassins" pèsent environ un kilo à la naissance et possèdent une robe rayée qui les font se camoufler dans les couleurs du sous-bois. Après une quinzaine de jours, la laie mère rejoint le groupe qui s'organisera en pouponnière solidaire. Elle se montre bonne protectrice de ses petits face aux prédateurs, mais, hormis les chasseurs, ceux-ci ont disparu de notre pays depuis fort longtemps.
Nos mâles solitaires pèsent entre 50 et 185 kilos....alors que nous, pôvres femelles, n'atteignons qu'à peine les 35 à 160 kilos. Plus vous irez vers l'est de l'Europe, plus nous serons grands et lourds. Plus vous vous rendrez vers le sud, plus nous serons petits et légers.
Nous habitons surtout les forêts mixtes, composées de conifères et de feuillus, de toute l'Europe, près de lacs et des marais, à proximité des cultures dont nous suivons la maturité, surtout en ce qui concerne le maïs. Notre territoire s'étant rétrécit comme une peau de chagrin ces dernières décennies, constamment entrecoupé par des murs de bitume infranchissables; nous nous sommes donc mis à apprécier vos plantations pour compenser le manque de nourriture dû à l'exiguïté de notre espace vital compris entre 800 et 3000 hectares où nous évoluons au gré de nos besoins alimentaires. Nous sommes d'invétérés trotteurs et pouvons parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par nuit. Nous sommes principalement nocturnes, discrets, rapides et agiles, bons nageurs, capables de traverser de grandes étendues d'eau y compris de fleuves. Notre espérance de vie actuelle n'excède guère trois ans alors qu'elle atteignait huit ans au bon "vieux temps". Notre compagnie a longtemps été considérée comme nuisible et obscure, et elle est devenue ces dernières décennies une cible très prisée des chasseurs; en Suisse comme en France, le prélèvement des bêtes noires a quasiment quadruplé en dix ans. Combien de membres de notre espèce restent-ils? Nous sommes trop sauvages pour être répertoriés, statistiquement parlant!
Il existe en France, en Angleterre, en Espagne et dans d'autres pays d'Europe un croisement nommé "sanglochon" ou "cochonglier", issu d'élevage de sangliers croisés avec des cochons domestiques; ils se distinguent par leur couleur sombre, des taches roses sur le groin et les pattes, leurs oreilles pendantes et leurs traces au sol différentes. Etant enfant, j'ai assisté à une chasse à la pique au Coto Doñana pour la fête de Noël; le cavalier a poursuivi sa proie durant plus d'une heure dans les marismas avant de lui enfoncer sa lance dans le corps, aux cris d'agonie de l'animal faisaient écho les frissons d'horreur qui me parcouraient les tripes.
Les sens les plus développés du sanglier sont l'ouie et l'odorat; il est relativement myope. Ses poils très prisés en brosserie peuvent atteindre 15 centimètres de long sur la hure (tête) et sur le dos. La bête noire d'antan que j'étais, forte de 300 kilos et dotée de défenses dignes de ce nom n'est plus que l'ombre de ce que je suis devenu; je me porte bien, je prolifère bien, je n'ai plus la prestance de l'époque mais je suis toujours là, sauvage, rusé, difficilement observable, je fuis les fusils d'automne et je suscite toujours autant d'émotions pour qui me connaît!


sanglier ma mère en 1950 marcassins

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